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Une fillette de 6 ans debout sur un rocher de jardin, en tenue d'exploratrice et petite cape, tient une boussole et regarde au loin.

Héroïnes préférées des petites filles : aller au-delà du rose !

Les héroïnes préférées des petites filles ont changé sans que personne le remarque : ce que dit ce choix, et pourquoi la princesse n'est plus ce qu'elle était.

Brice Louvet

Par Brice Louvet

Les héroïnes préférées des petites filles ne ressemblent plus beaucoup à celles de leurs mères. Demandez à une enfant de cinq ans de nommer son personnage favori. Vous obtiendrez rarement une princesse en attente d'un sauvetage. Vous obtiendrez plus souvent une exploratrice, une vétérinaire, une héroïne qui court.

Ce glissement mérite qu'on s'y arrête, parce qu'il dit quelque chose de précis sur la façon dont un enfant se construit.

Pourquoi l'identification au héros compte autant

Albert Bandura a montré dès les années soixante que les enfants apprennent massivement par observation de modèles. En effet, ils ne copient pas seulement des gestes : ils intègrent des attitudes, des façons de réagir face à l'obstacle. Or les personnages de fiction fonctionnent comme des modèles à part entière.

Concrètement, une enfant qui suit une héroïne résolvant elle-même son problème enregistre autre chose qu'une enfant suivant une héroïne secourue. Cela ne détermine évidemment pas une personnalité. Toutefois, la répétition de ces récits pose un décor mental dans lequel elle se projette.

Un point souvent négligé : l'identification ne demande pas la ressemblance physique. Une petite fille s'identifie très bien à un renard, à un robot ou à un garçon. En revanche, elle s'identifie plus facilement quand le personnage agit plutôt qu'il ne subit.

Une fillette de 6 ans debout sur un rocher de jardin, en tenue d'exploratrice et petite cape, tient une boussole et regarde au loin.
Héroïnes des petites filles : fillette exploratrice avec une boussole

Ce que racontent vraiment les princesses aujourd'hui

La princesse reste massivement présente dans les préférences enfantines, et ce n'est pas un problème en soi. Or le personnage a beaucoup changé. Les héroïnes de la dernière décennie décident, partent, refusent, se trompent, réparent.

Ainsi, ce que les adultes appellent "encore une histoire de princesse" recouvre parfois un récit d'émancipation. Bref, le costume trompe. Un déguisement rose peut habiller une héroïne qui traverse un royaume seule et rentre en ayant réglé la situation.

Néanmoins, une nuance tient. Certaines déclinaisons commerciales gardent la robe et retirent l'action. Là, le personnage devient un décor plutôt qu'un modèle. Le tri se fait donc récit par récit, pas par catégorie.

Les héroïnes préférées des petites filles selon l'âge

Entre deux et quatre ans, elles choisissent des personnages proches du quotidien : animaux familiers, enfants du même âge, figures parentales. La ressemblance à leur vie compte plus que l'aventure.

Entre quatre et six ans arrive l'âge du costume. Alors elles veulent incarner : la panoplie, la cape, la couronne, le stéthoscope. Par exemple, la même enfant peut être vétérinaire le lundi et exploratrice le jeudi, sans y voir aucune contradiction.

Après sept ans, le critère bascule. Elles cherchent des héroïnes compétentes, qui savent faire quelque chose de précis. Résultat, les personnages de série et de bande dessinée prennent le dessus sur les figures de conte.

Quand une petite fille préfère un héros masculin

Beaucoup de parents s'en inquiètent inutilement. Une enfant qui choisit un héros masculin choisit en général une histoire, pas un genre. Les récits d'action ont longtemps été écrits autour de garçons, donc l'offre penche encore de ce côté.

De plus, l'inverse mérite la même tranquillité. Un garçon qui adore une héroïne ne fait rien d'anormal, et le lui faire remarquer suffit à lui apprendre qu'il devrait s'en cacher. Bref, le commentaire adulte crée le problème bien plus souvent que le choix de l'enfant.

Une fillette de 5 ans en robe de princesse rose, à genoux sur le sol, répare un petit jouet mécanique avec un tournevis.

Ce que les adultes peuvent faire, sans forcer

La méthode la plus efficace ne consiste pas à interdire un personnage. Elle consiste à élargir l'offre disponible à la maison. Concrètement, une bibliothèque où cohabitent des héroïnes qui bricolent, qui explorent, qui dirigent, qui doutent, produit son effet toute seule.

Deuxième levier, plus subtil : commenter l'action plutôt que l'apparence. "Elle a eu du cran" ouvre autre chose que "elle est jolie". En effet, l'enfant retient ce que l'adulte souligne, souvent davantage que ce que l'histoire raconte.

Troisième levier, le plus direct de tous : la placer elle-même au centre d'un récit. Vous pouvez créer l'histoire où votre fille devient l'héroïne, avec son prénom et son visage. Elle n'a alors plus besoin de choisir entre les modèles proposés.

Ce que ce choix ne dit pas de votre enfant

Une passion pour un personnage ne prédit ni un caractère ni un avenir. Les goûts changent trois fois par an à cet âge, et l'obsession de mars aura disparu en octobre. Alors évitez d'interpréter trop vite.

Pour comprendre pourquoi les enfants s'attachent à ce point à leurs personnages, Naître et Grandir explique cet attachement aux personnages de livres. Les travaux de Bandura sur l'apprentissage social, eux, restent la référence sur le rôle des modèles.

Elle changera d'héroïne quatre fois avant ses dix ans. Ce qui restera, c'est l'idée qu'une fille dans une histoire peut décider de la suite.